[1999] Deux heures de lucidité (2/9) – Les intellectuels

Plus une société devient libre, plus il est difficile d’utiliser la force, plus il faut déployer d’énergie pour contrôler les opinions et les comportements. [...]

Imaginez que des soldats entraînés par les Russes aient tué six intellectuels tchèques, dont Havel, et que quelques semaines plus tard, un communiste du Salvador soit venu en Russie, se soit adressé à la Douma et se soit fait applaudir à tout rompre lorsqu’il a félicité les députés, au comble du ravissement, pour leur rôle dans la défense des libertés ! [...]

Les dissidents courageux devraient être honorés, qu’ils soient victimes d’une implacable répression dans la sphère d’influence de nos ennemis ou brutalement assassinés dans la sphère d’influence américaine.

Lire la suite

[2000] L’Amérique, « État voyou »

En juin dernier, le département d’Etat, à Washington, a exclu l’expression « Etat voyou » de son langage diplomatique, au profit de la catégorie, plus vague, de « state of concern » (« Etat source d’inquiétude »), dans le dessein d’avoir une plus grande flexibilité dans ses rapports avec les Etats ainsi désignés. Réservée à sept pays bien précis (Corée du Nord, Cuba, Irak, Iran, Libye, Soudan et Syrie), l’expression « rogue state », que l’on peut traduire par Etat voyou, Etat hors-la-loi ou encore Etat paria, désignait des pays qui, selon Washington, soutenaient le terrorisme et, par conséquent, étaient soumis unilatéralement à des sanctions.
Lire la suite

[1996] Sur l’anarchisme

Bien que Chomsky ait écrit une quantité considérable sur l’anarchisme dans les trois dernières décennies, les gens lui demandent souvent d’une vision détaillée plus tangible de l’évolution sociale. Son analyse politique ne manque jamais d’inspirer l’indignation et la colère sur la façon dont le monde fonctionne, mais de nombreux lecteurs restent sur leur faim quand aux actions précises que proposerait Chomsky faire changer les choses [...] Lire la suite

[1998] L’Indonésie, atout maître du jeu américain*

De la Thaïlande à la Corée du Sud, en passant par le Japon, le séisme monétaire et financier n’a pas fini son œuvre de déstabilisation. La crise asiatique vient de faire – après des millions de travailleurs réduits au chômage – une victime de marque : le général Suharto. Président depuis plus de trente ans, il prétendait conserver le monopole d’un pouvoir assis sur les prébendes et la corruption. Mais, incapable de mettre en œuvre les réformes exigées par le Fonds monétaire international et d’empêcher l’éclatement d’une révolte populaire, il a été contraint de démissionner le 21 mai 1998. Homme du sérail, son successeur, M. Bacharuddin Jusuf Habibie, a donné des signes d’ouverture : annonce d’élections, libération de prisonniers politiques, mutations à la tête de l’armée. Toutefois, c’est un profond changement que réclame l’Indonésie, ramenée en quelques mois au statut de pays pauvre. Un bilan peu glorieux pour un régime qui s’est installé au pouvoir après un terrible bain de sang cautionné par les Etats-Unis. Lire la suite

[2004] Un Negroponte pour Bagdad. L’âme damnée

Un principe moral qui ne doit pas provoquer de controverses est celui de l’universalité : nous devons appliquer aux autres les mêmes standards que nous appliquons à nous-mêmes. Et, bien entendu, avec plus de zèle. En général, si les états ont le pouvoir d’agir en toute impunité, ils refusent les principes moraux, étant donné que c’est eux qui définissent les règles. Ceci est notre droit si nous considérons que nous sommes exemptés du principe d’universalité. Et nous le faisons constamment. Tous les jours surgissent de nouveaux exemples. Lire la suite

[2004] L’héritage de Reagan

La couverture par les médias de la mort de Ronald Reagan a apporté un concert de louanges de la part des démocrates comme des républicains. La plupart des déclarations et des commentaires, sous le couvert du respect dû au défunt, a correspondu à une spectaculaire réécriture de l’histoire des années Reagan.

Analyser la présidence de Reagan ne signifie pas forcément avoir à regarder en arrière. Beaucoup des personnes ayant peuplé son administration appartiennent à l’administration de George W. Bush, comme James Baker, Elliot Abrams, Paul Wolfowitz, Colin Powell, John Poindexter, John Negroponte, pour n’en citer que quelques-uns.

Nous avons demandé au dissident Noam Chomsky de réfléchir à la politique de l’administration Reagan lors de ses 8 années au pouvoir et à l’influence de Reagan sur l’actuelle administration Bush. Lire la suite

[2004] US-Haïti

Les personnes résolues à détourner l’attention du rôle des Etats-Unis feront valoir que la situation est plus complexe – comme c’est toujours vrai – et qu’Aristide était lui aussi coupable de nombreux crimes. C’est vrai, mais s’il avait été un saint, la situation aurait évolué d’une façon peu différente, comme c’était évident en 1994, quand le seul véritable espoir était qu’une révolution démocratique aux Etats-Unis rende possible le changement de politique dans une direction plus civilisée. Lire la suite

[2010] Dans un pays libre, nous sommes responsables de l’action du gouvernement

Donc pour des raisons de morale fondamentale, je me suis d’abord concentré sur les comportements que je peux influencer, c’est-à-dire les Etats-Unis d’abord [...]

Nous filtrons ce que nous ne voulons pas savoir parce que ça nous met trop mal à l’aise et nous présentons une vision du monde qui correspond aux intérêts des pouvoirs en place et des privilèges de nos classes privilégiées. Ce n’est pas une conspiration, c’est un processus normal, c’est comme cela que l’histoire fonctionne depuis le début, ça prend différentes formes dans différentes sociétés. Lire la suite

[2011] Visite de Noam Chomsky à Uzès en juin 2011

Alors que Noam Chomsky n’était pas revenu en France depuis près de 30 ans lors de sa conférence à Paris de mai 2010, il aura à peine fallu 12 mois pour qu’il revienne, cette fois à Uzès, et assiste à la projection de l’excellent film de Daniel Mermet, Chomsky & Compagnie. Lire la suite

[2010] Si vous arrivez avec un fusil, ils viendront avec un tank

Présent à Paris du 27 mai au 1er juin, le linguiste et militant américain Noam Chomsky a prononcé plusieurs conférences devant des salles combles, notamment au Théâtre de la Mutualité, à l’invitation du « Monde diplomatique », et au Collège de France. A la suite de ses exposés, les débats avec l’assistance ont donné lieu à de riches échanges sur les questions d’actualité. En voici quelques extraits. Lire la suite

[2010] L’état d’esprit qui règne aux États-Unis : « Je n’ai jamais rien vu de tel »

Noam Chomsky est le plus grand intellectuel des États-Unis. La quantité impressionnante de ses écrits, qui comprennent prés de 100 livres, ont depuis des décennies démonté et exposé les mensonges des élites au pouvoir et les mythes qu’elles entretiennent. Et Chomsky l’a fait malgré la censure des médias commerciaux qui l’ont mis sur une liste noire, malgré son statut de paria au sein du monde universitaire et, de son propre aveu, malgré le fait qu’il soit un orateur pédant et parfois légèrement ennuyeux. Il combine une indépendance intellectuelle avec une démarche rigoureuse, une capacité remarquable de saisir les détails et une intelligence hors du commun. Il dénonce sans détours notre système à deux partis qu’il décrit comme un mirage orchestré par un gouvernement au service des entreprises privées, et il critique sévèrement l’intelligentsia libéral [NdT : "liberal" = plus ou moins l’équivalent de "progressiste" aux États-Unis] qui ne sont que les courtisans du système et décrit le flot émis par les médias commerciaux comme une forme de « lavage de cerveau ». En tant que critique le plus clairvoyant du capitalisme débridé, de la globalisation et de l’empire, il aborde sa 81ème année en nous mettant en garde sur le peu de temps qui nous reste pour sauver notre démocratie anémique. Lire la suite